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Assistons-nous à un approfondissement de la politique de l'Union dans la région de la mer Noire ? Espérons-le !

Assistons-nous à un approfondissement de la politique de l’Union dans la région de la mer Noire ? Espérons-le !

Posté le 2 mars 2007 par Tamar Gugulashvili (Contacter l'auteur)

La dernière vague de l’élargissement de l’Union à la Bulgarie et à la Roumanie, les négociations d’accessions avec la Turquie et les enjeux de la sécurité énergétique placent la coopération régionale de la mer Noire parmi les grandes priorités de l’agenda de la politique étrangère de l’Union.

Depuis le 1 janvier 2007, la mer Noire est devenue une mer européenne. Les frontières de l’Union passent désormais dans cette région, longtemps perçue par l’Europe comme le théâtre des jeux d’influences par les grandes puissances mondiales.

Il s’agit d’une région de transit de ressources énergétiques de la mer Caspienne vers l’Europe. C’est aussi une région instable à cause de nombreux conflits "gelés" comme la Transnistrie, l’Abkhazie ou encore le Haut-Karabagh. Ces territoires qui échappent à tout contrôle sont également réputés pour être des points de transit pour le trafic d’arme et de drogue entre l’Europe et l’Asie.

L’Europe y est déjà bel et bien présente via ses différentes politiques : d’adhésion (avec la Bulgarie et la Roumanie, déjà membres de l’Union et la Turquie, candidat à l’adhésion) ; de voisinage (avec la Moldavie, l’Ukraine et les trois pays du Sud Caucase) ; de partenariat stratégique (avec la Russie). Il n’empêche que malgré ses différentes expériences politiques et ses nombreux instruments financiers, l’Europe manque d’une politique cohérente envers la région de la mer Noire.

Aujourd’hui, l’Union se voit dans l’urgence de promouvoir la coopération régionale comme un instrument de stabilité à l’Est de ses frontières.

Toutefois, ce ne sont pas les initiatives de coopération régionales qui manquent dans la région de la mer Noire : la Coopération Economique de la mer Noire (CEMN), le GUAM , la Communauté de Choix Démocratique (CCD), les formats 3+3 (les pays baltes et les trois pays du Sud Caucase) ou encore 3+1 (les pays baltes et la Géorgie). Mais en réalité, ses organisations ou initiatives souffrent d’inefficacité et de manque d’envergure en raison de la présence des nombreux conflits territoriaux qui divisent les pays riverains de la mer Noire.

Aujourd’hui, avec le lancement de la Politique Européenne de Voisinage (PEV) et le développement d’une politique européenne de sécurité et de défense, l’UE a non seulement les raisons, mais aussi les moyens pour faire de la coopération régionale un instrument de la résolution de conflits du bassin de la mer Noire. Ce qui n’est pas une tâche facile. Il faudra rester prudent dans les débats sur les frontières discutées et en même temps essayer de désenclaver les territoires encore isolés. Un seul exemple suffirait pour illustrer le défi immédiat de l’Union dans cette zone - celui du blocus exercé par la Turquie et l’Azerbaïdjan sur l’Arménie.

D’autre part, le succès des routes alternatives existantes ou programmées pour le transit du gaz et du pétrole de la Caspienne vers l’Europe - le Nabucco, le Bakou-Tbilissi-Ceyhan, le Bakou-Tbilissi-Erzeroum, le projet de gazoduc sous la mer Noire - dépend du progrès que l’Union obtiendra en matière de résolution des conflits dits "gelés".

De plus, l’objectif initial de la PEV, celui de combler le vide sécuritaire aux portes d’Europe, paraît insuffisant pour entreprendre un profond changement démocratique et économique de la région de la mer Noire, condition sine qua none pour la stabilité durable. Il est donc grand temps que l’Europe réunisse ses différentes politiques et instruments en une stratégie commune de la mer Noire et qu’elle élabore une approche régionale cohérente et efficace.

De fait, dans sa Communication du 4 décembre 2006 « Le renforcement de la politique de voisinage de l’UE », la Commission européenne propose le renforcement du dialogue de la mer Noire en établissant des liens étroits avec l’Organisation de la Coopération Economique de la Mer Noire (CEMN), la seule organisation régionale réunissant tous les pays de la région, y compris la Russie et la Turquie, les deux puissances traditionnellement présentes dans cet espace. La CEMN y est présentée comme une plate-forme utile pour l’UE pour promouvoir la coopération rapprochée entre autorités locales et régionales et d’étudier les dossiers communs - environnement, énergie, transport, questions sécuritaires, développement de l’économie régionale.

Par ailleurs, un autre document de la Commission européenne est en cours d’élaboration détaillant des mesures concrètes et exhaustives qu’elle pense mettre en œuvre pour renforcer le dialogue de la Mer Noire, le document qui devrait être adopté par le Conseil au cours du premier semestre de l’année 2007. Ce nouvel élément de la politique de voisinage de l’Union jettera les bases d’une véritable stratégie européenne de la mer Noire(la présidence allemande de l’UE en fait l’une des priorités de sa politique étrangère).

La définition d’une politique européenne de l’énergie est une autre priorité actuelle de l’Union et non la moindre. Il est en effet difficile de dissocier les enjeux de la sécurité d’approvisionnement et de diversification des sources d’énergie de l’Europe, de la stratégie que l’UE est en train de mettre en place dans la région de la mer Noire et de la Caspienne.

Au-delà de la région de la mer Noire, l’Union compte élaborer très prochainement une stratégie européenne de coopération avec l’Asie centrale, les "voisins de nos voisins".


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