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Posté le 18 juillet 2007 par Tamar Gugulashvili (Contacter l'auteur)
Le 10 mai 2007, présidée par Marie Anne Isler Béguin, la délégation du Parlement européen est de retour en Arménie. Cette fois, il ne s’agit pas de rencontres parlementaires avec des collègues arméniens mais d’une mission d’observation électorale. Le pays se prépare pour les élections parlementaires et on sait que l’intérêt de la communauté internationale est sans précèdent : plus de 300 observateurs de courte durée arrivant deux jours avant le jour J, quelques centaines d’observateurs de longue durée, eux, sur place depuis déjà deux mois pour évaluer minutieusement le processus préélectoral. Une telle mobilisation est du jamais vu pour cette jeune république du Caucase du Sud !
Pourquoi, donc, cette attention toute particulière pour ces élections ?
Les élections précédentes, parlementaires ou présidentielles, ont toutes été critiquées par les organisations internationales pour non conformité aux normes européennes. Maintenant, ces nouvelles élections sont considérées par la communauté internationale comme un important test démocratique pour ce petit pays ex-soviétique.
Dès son arrivée à Erevan, capitale de l’Arménie, notre petite délégation de huit parlementaires européens intègre la Mission Internationale d’Observation Electorale, composée des membres des assemblées parlementaires de Conseil de l’Europe et de l’OSCE. Les représentants des ONG étrangères se mêlent aux députés et la salle de briefing se remplit vite au sous-sol d’un grand hôtel du centre ville.
On nous informe que, le jour du scrutin, il y aura également trois mille observateurs nationaux qui vont observer les élections avec nous. Le gouvernement arménien déclare vouloir organiser des élections libres pour démontrer que le pays remplit ses engagements démocratiques. En effet, depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, l’Arménie s’est engagée dans une longue période de transition démocratique. Aujourd’hui, il est temps de démontrer le progrès réalisé au monde entier. La mobilisation est totale : pendant deux jours de briefing, on nous explique le code électoral arménien nouvellement amendé afin de le rapprocher des standards européens ; la liste globale des électeurs est mise en ligne pour la première fois ; les membres des commissions électorales sont bien entraînés.
Le 11 mai 07 – les briefings laissent progressivement place aux rencontres avec les représentants des partis politiques, de la société civile, des médias. Le beau tableau des réformes institutionnelles et des avancées économiques se noircit : les partis d’opposition nous placent dans le contexte des élections présidentielles à venir en 2008 et redoutent les fraudes massives orchestrées par la coalition gouvernementale. La société civile ne pèse pas suffisamment, les médias manquent de liberté et s’autocensurent.
On visite les locaux de la chaîne de télévision arménienne privée « A1+ », fermée depuis cinq ans par les autorités. Le bâtiment est délabré, il reste seulement deux cameras qui fonctionnent mais la chaîne survit grâce à un projet financé par la Commission européenne. Le directeur de la chaîne nous explique que les médias sont encore très contrôlés et que le peuple n’a plus confiance. L’apathie, voilà le mot qu’il choisit pour décrire l’état d’esprit qui règne dans le pays. Les Arméniens sont, de fait, très peu nombreux à prendre partie dans la manifestation des partis d’opposition qu’on croise en sortant.
Au Ministère des Affaires étrangères, on nous parle des grandes lignes de la politique extérieure de l’Arménie. La situation n’a pas vraiment changée : il y a peu de progrès dans le règlement du conflit de Haut-Karabakh qui oppose l’Arménie à son voisin, l’Azerbaïdjan ; la frontière turco-arménienne est toujours fermée et le pays reste coupé des grands projets économiques d’envergure régionale à cause de ces conflits de voisinage. Néanmoins, l’économie du pays se développe à grande vitesse. En grande partie, grâce aux investissements de la diaspora arménienne, reconnaît-t-on à Erevan.
La ville d’Erevan ressemble, de fait, à un grand chantier, les vieux bâtiments soviétiques sont détruits et de nouveaux hôtels poussent comme des champignons au centre-ville.
Le 12 mai 07 – c’est le jour du scrutin. Notre Délégation se partage en quatre équipes qui se déploient à travers le pays : provinces d’Ararat, de Hrazdan, ville de Gyumri. Notre équipe reste à Erevan, la présence de Madame Isler Béguin dans la capitale étant requise. On choisit les bureaux de vote des banlieues, et nous en visitons quatorze ! A notre grande satisfaction, on note la bonne organisation des membres des commissions locales : ils semblent bien préparés et connaissent les procédures à suivre. Les citoyens sont nombreux à se déplacer et à grossir les files d’attente dans les bureaux de vote. Après la fermeture, les membres des commissions locales commencent le dépouillage. La procédure est longue et compliquée et vers deux heures du matin, on est encore loin de terminer...
Le 13 mai 07 - la grande salle de presse du centre-ville est remplie des journalistes qui attendent impatiemment les premières évaluations de notre mission. Les Présidents des Délégations du Parlement européen, de l’OSCE et du Conseil de l’Europe sont unanimes : malgré certaines irrégularités, le scrutin a été libre et démocratique. C’est un progrès par rapport aux élections précédentes mais beaucoup reste à faire. Il faut poursuivre l’amélioration du code électoral et simplifier la procédure de dépouillage des bulletins de vote.
Marie Anne Isler Béguin veut passer un message : " Avec ces élections, le Peuple arménien a fait un pas en avant pour se rapprocher des valeurs européens de la démocratie ! Ceci nous permettra de renforcer davantage les relations de l’Union avec l’Arménie dans le cadre de la Politique Européenne de Voisinage. Nous encourageons le Peuple arménien à poursuivre sur cette voie en vue des élections présidentielles à venir".