22 septembre 2008 Quelles relations entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Turquie aujourd’hui ?
16 juillet 2008 Géorgie-Russie : Marie Anne Isler Béguin interpelle Bernard Kouchner
6 juin 2008 Géorgie-Russie : des tensions inquiétantes
11 mars 2008 Elections en Arménie : Interview exclusive de Marie Anne Isler Béguin
15 janvier 2008 Elections en Géorgie : un « pas en avant » démocratique, selon Mme Isler Béguin
28 novembre 2007 Les eurodéputés s’engagent en faveur de l’ouverture de la frontière arméno-turque
3 octobre 2007 L’arrestation de l’ex-ministre de défense provoque une manifestation massive à Tbilissi
18 juillet 2007 Bloc-note de la mission du Parlement européen en Arménie, mai 2007
4 juillet 2007 Géorgie : la trève sur le front des visas
12 avril 2007 La Délégation UE-Sud Caucase reçoit Araz Azimov, ministre adjoint des affaires étrangères d’Azerbaïdjan
8 février 2007 L’assassinat du journaliste Hrant Dink bouscule l’ordre du jour de la rencontre parlementaire UE-Arménie
12 septembre 2006 Bloc Note sur le voyage de delegation en Georgie
9 novembre 2005 Selon le Conseil de l’Europe malgré des progrès, les élections en Azerbaïdjan n’ont pas satisfait aux normes internationales
Posté le 24 février 2006 par Marie Anne Isler Béguin (Contacter l'auteur)
Libérée du joug de l’Union soviétique, les trois petites républiques caucasienne sont loin de connaître un voisinage de quiétude : au nord, le grand frère russe dont on se méfie, en particulier en Géorgie, au sud l’Iran qui attend l’évolution du voisinage mais aussi la Turquie, qui maintient ses frontières fermées avec l’Arménie. Les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne n’y ont rien changé, et pas plus la levée du blocus que la reconnaissance du génocide arménien n’ont été exigés comme préalable, malgré les demandes répétées du Parlement européen.
Qui se rappelle encore de la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour le Haut Karabagh ? Le conflit pour la reconquête de ce territoire majoritairement peuplé d’arméniens, que Staline attribua à l’Azerbaïdjan, fit entre 25000 et 30000 morts et des centaines de milliers de réfugiées. Avec l’aide des forces armées russes, l’Arménie reconquerra le haut Karabagh alors que l’Azerbaïdjan se trouvait amputée de 20% de son territoire ! Ce conflit aujourd’hui gelé et sous haute surveillance de l’OSCE empêche tout développement de la région. Malgré les volontés affichées de résolution pacifique du conflit, les plaies toujours à vif empêchent à ces frères encore ennemis de trouver un compromis susceptible d’apporter une paix durable aux populations. Les réfugiés qui, comme les azéris, vivent dans des conditions inhumaines et à peine à quelques dizaine de kilomètres de leurs maisons, n’ont qu’une aspiration légitime : retourner chez eux !
Pourtant, c’est dans la plus grande indifférence que les présidents Robert Kocherian d’Arménie et Ilham Aliev d’Azerbaïdjan ont tenté une nouvelle fois de trouver un compromis, les 10 et 11 février derniers à Rambouillet, sous l’égide du groupe dit de Minsk de l’OSCE co-présidé par la France, la Russie et les USA. Alors qu’une « fenêtre d’opportunité » était espérée, la rencontre s’est soldée par un échec supplémentaire. En fait, 12 années de cessez le feu n’ont que peu atténué une ambiance permanente de défiance respective, souvent activée par des intérêts extérieurs divergents, empêchant de préparer les populations qui vivaient pourtant en harmonie, à un compromis qui leur permettrait enfin de se tourner vers l’avenir. S’ajoute à l’absence de culture du compromis et à la difficulté de partage des territoires, des velléités de zones d’influence des puissances russes et américaines, présentes directement ou indirectement dans la région. Difficile dès lors d’attendre de leur part un règlement rapide de ce conflit aux multiples facettes.
La volonté d’aboutir à une paix durable viendra peut-être de la Géorgie, le plus connu des trois pays caucasien depuis la révolution des roses de décembre 2004 et l’élection du jeune et charismatique président M. Saakashvili. Qui se souvient que ce fut Zurab Zhvania, son très européen premier ministre, mort en février 2005 dans des conditions non élucidées, qui vint demander la reconnaissance de l’indépendance de son pays à la fédération des partis verts européens en 1990 ? Profondément pacifiste, il tenta durant ses différents mandats de trouver des solutions de règlement aux conflits des régions séparatistes géorgiennes, d’Abkhazie, d’Ossétie du Sud et d’Adjarie.
L’Adjarie justement, dirigée par l’autocrate Aslan Abashidze sous Edouard Chevardnadze, a retrouvé le chemin de la démocratie. Mais les conflits entre Tbilissi et les deux autres régions séparatistes, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, subsistent toujours. Depuis la séparation avec l’Union soviétique, l’Abkhazie n’a jamais accepté de faire partie de la Géorgie, alors que l’Ossétie du Sud devenait le lieu de toutes les tractations. Plus à l’Est, la vallée du Pankisi, suspectée d’être le refuge de terroristes tchétchènes, puis celui de Ben Laden, s’est vu "nettoyée" par les forces géorgiennes ! Car le voisinage de la Tchétchénie et de l’Ossétie du Nord font du Grand Caucase une vaste zone de conflits où la lutte contre le terrorisme se mêle à des règlements de compte du passé mais aussi à une volonté d’investir pour l’avenir...
Dans cet imbroglio caucasien, où l’héritage soviétique pèse encore lourdement, la Russie reste une des clefs de la résolution des conflits. Pourtant M. Poutine aurait plutôt tendance à jeter de l’huile sur le feu de ces conflits gelés, où ONU et OSCE assurent le maintien de la paix avec l’aide de soldats...russes pour la plupart. Si la question des bases militaires russes présentes sur le territoire géorgien a fait l’objet d’un accord récent pour leur retrait partiel prévu pour 2008 -le matériel serait transféré en Arménie-, comment la Géorgie peut-elle accepter que les autorités de Russie délivrent des passeports russes aux populations abkhazes et ossètes, sur son propre territoire ?
Le conflit s’est encore envenimé le mois dernier avec la double explosion des conduites de gaz acheminant la précieuse ressource du territoire russe au territoire géorgien et qui a laissé les populations géorgiennes sans chauffage durant les périodes les plus froides de l’hiver. Défaillance technique ou avertissement à ce petit voisin rebelle ?
Lors d’une récente conférence de presse et sans que cela n’éveille de soupçon côté européen, M. Poutine a levé un voile sur sa stratégie de résolution des conflits caucasiens, en annonçant que "La communauté internationale doit avoir des principes uniques et universels pour la résolution des problèmes interethniques... Si par exemple, le Kosovo pouvait devenir indépendant, pourquoi pas l’Abkhazie ou encore l’Ossétie du Sud ?" Et pourquoi pas non plus la Tchétchénie, monsieur Poutine ?
La Russie, qui a des accords de coopération privilégiées avec l’Union européenne, devra s’en expliquer, à condition que l’UE le lui demande- ce qui est malheureusement loin d’être envisageable à court terme. Pour des intérêts énergétiques évidents, l’Union a pris la mauvaise habitude de fermer les yeux sur ce qui fâche...
Mais parce que justement, la Russie est à la fois acteur et médiateur dans la région, l’Union européenne a un rôle politique clef à jouer dans le Sud Caucase. D’autant que l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie font tous partie du Conseil de l’Europe et en cela, se sont résolument tournés vers les valeurs de respect des droits de l’homme, de libertés et de démocratie.
Avec la réunification de l’Europe de l’Est et de l’Ouest, l’Union européenne s’est retrouvée du jour au lendemain et sans s’y être préparée avec de nouvelles frontière et un nouveau voisinage. Qui aurait pu au préalable envisager que l’Ukraine, la Biélorussie, la Moldavie et bien sûr les pays du Caucase allait être notre voisinage immédiat ? C’est pourtant la réalité aujourd’hui et l’Union a toute sa responsabilité dans l’aide au développement de ces pays qui se sentent résolument européens.
L’Union ne peut se contenter d’une aide technique, absolument nécessaire, mais pas suffisante. Ainsi, l’intégration à l’Union Européenne était fixée comme perspective moteur pour une stabilisation des Balkans et une paix durable. Quelles perspectives donnons-nous au Caucase du Sud pour que cette région parvienne, elle aussi, à une stabilité indispensable à un développement futur ? Pas vraiment celle de l’intégration, et ce parce que les opinions ne sont pas préparées, et parce que les égoïsmes ont ressurgis à l’Ouest lors des débats sur la Constitution, certains préférant assurer qu’il est plus aisé de vivre dans un club de pays riches que de préparer un espace européen approfondi et élargi où les règles démocratiques prévaudraient, où la paix serait définitivement garantie..
L’Union européenne ne peut se satisfaire du statut quo actuel et laisser se développer de nouveaux conflits armés ; la politique de voisinage qu’elle vient d’initier doit être un projet politique fort.
Car la situation est encore fragile, et elle devient d’autant plus sensible que d’énormes enjeux énergétiques sont apparus. Ainsi, avec la manne financière de l’exploitation du pétrole de la mer Caspienne, Bakou pourrait être tenté de regagner ses territoires occupés par l’Arménie, et ce par les armes -ce que prônent déjà de nombreux partis extrémistes azéris. Si l’or noir ne doit pas être le seul vecteur d’intérêt et de développement dans la région, force est de constater que l’énergie est déjà une arme politique, puisque le tracé du pipeline de pétrole Bakou Tbilissi Ceyhan en Turquie, financé pour partie par les USA, a exclu le passage sur territoire arménien ! Il devrait en être de même pour le futur gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum (BTE). De fait, l’Arménie n’a comme solution que de continuer à exploiter sa centrale nucléaire de Medzamor, rafistolée par EDF et est située sur une zone sismique -on se rappellera le terrible tremblement de terre qui fit 30 000 mort en 1988 dans le pays.
Investir pour la paix dans ce Caucase du Sud qui compte plus de 15 Millions d’habitants, c’est garantir la paix sur l’espace européen, et cette paix, nous avons la responsabilité de l’assumer, et nous en avons les moyens.
Avoir une attitude responsable, c’est prendre en considération la globalité des conflits gelés et savoir les négocier avec les vrais partenaires. Ainsi en est-il du Plan de Paix pour l’Ossétie du Sud qui, sans soutien international rapide, ne trouvera pas d’issue positive entre la Géorgie et la Russie.
Le Parlement européen, qui se positionne toujours à l’avant-garde pour dénoncer les agressions dans le monde entier et ce à juste titre, n’a malheureusement pas non plus toujours des positions équilibrées concernant le Caucase du Sud, envoyant ainsi des messages tronqués à nos voisins caucasiens.
L’audition du mercredi 22 février 06 apportera certainement des éclairages à tous ceux qui croient aider l’un ou l’autre camp et qui, plus par méconnaissance que par volonté de nuire, desservent une résolution de conflits qui tarde trop à trouver une issue..."