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Posté le 15 janvier 2008 par Tamar Gugulashvili (Contacter l'auteur)
Le 5 janvier dernier, les Géorgiens se sont rendus aux urnes pour élire leur président. Ce scrutin était crucial pour ce pays du Caucase du Sud, située entre la mer Noire et la mer Caspienne, en particulier suite aux vives tensions entre le pouvoir en place et l’opposition, qui ont culminé avec l’instauration de l’état d’urgence en novembre dernier. Marie Anne Isler Béguin a mené la délégation de députés européens venus observer le déroulement du scrutin : elle nous fait part de ses conclusions.
Selon les résultats officiels préliminaires annoncés ce mercredi, le président sortant Mikhaïl Saakachvili a été réélu président de Géorgie dès le premier tour avec 52,21% des voix.
Marie Anne Isler Béguin, en tant que présidente de la mission d’observation du Parlement européen en Géorgie, comment caractériseriez-vous la manière dont les élections présidentielles du 5 janvier se sont déroulées ?
« Les procédures électorales qui étaient en place correspondaient aux normes internationales, même si elles étaient loin d’être parfaites. D’après le témoignage des observateurs internationaux, il n’y a pas eu de grandes irrégularités lors du scrutin. Il y en a eu quelques unes, mais elles n’étaient pas suffisamment systématiques pour affirmer qu’il y a eu une volonté délibérée de fraude.
Nous avons fait nos observations : maintenant, nous allons voir si les autorités et l’opposition géorgiennes suivront bien les règles du jeu démocratique. J’ai eu la garantie de la part des autorités géorgiennes que les procédures seraient respectées.
Malgré une campagne électorale calamiteuse et déséquilibrée, qui s’est déroulée avec des soubresauts incroyables, l’opposition a recueilli 25% des voix : c’est la première fois que l’opposition obtient un tel score en Géorgie.
C’est aussi la première fois qu’il y a eu un véritable choix politique pour les élections présidentielles et que les gens ont pu voter librement. Les Géorgiens ont fait un pas en avant en montrant ainsi leur maturité. On espère désormais que les partis politiques seront tout aussi matures ».
Quels étaient les enjeux de ces élections, à la fois pour la région du Caucase du Sud (Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan) et pour l’Union européenne ?
« Pour la Géorgie, l’enjeu est considérable. Non seulement le chef de l’Etat devra améliorer la situation économique et sociale des Géorgiens, mais la Géorgie est aussi dans une situation très fragile avec ses deux régions séparatistes, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud.
Le chef de l’Etat géorgien a aussi la lourde responsabilité de stabiliser le Caucase du Sud. Il doit notamment réussir à organiser un bon voisinage avec la Russie. C’est un enjeu important car dans un contexte international plus large, le président russe Vladimir Poutine a déjà affirmé que si les Etats-Unis reconnaissaient unilatéralement l’indépendance du Kosovo, la Russie reconnaîtrait à son tour l’indépendance de l’Abkhazie par rapport à la Géorgie. Ce serait une déclaration de guerre pour les Géorgiens et cela signifierait donc de nouveaux conflits.
Quant à l’Union Européenne (UE), elle est très présente dans le Caucase du Sud, par son aide technique mais aussi économique, sociale etc. Mais pour ce qui est des conflits, nous ne sommes pas les décideurs, nous sommes des facilitateurs de dialogue. Si la Politique européenne de voisinage sert à quelque chose, alors il faut s’investir, peser au niveau politique et s’engager dans la résolution des conflits -en faisant notamment des propositions aux Nations Unies. Sinon, alors, on laisse faire (comme au Kosovo).
La Géorgie est située à un carrefour géostratégique crucial, avec d’importants enjeux énergétiques. Elle a choisi de se tourner vers l’Europe, par exemple en entrant au Conseil de l’Europe, qui est l’antichambre de l’UE : nous devons répondre à cette aspiration et lui donner une perspective. »
A propos de perspective, lors de sa visite au Parlement européen en novembre 2006, Mikheil Saakashvili a parlé de l’adhésion de la Géorgie à l’UE comme d’un « objectif à long terme ». Quels sont les facteurs qui vont déterminer les futures relations entre la Géorgie et l’Union européenne ?
« Les 3 pays de Caucase du Sud (Géorgie, Azerbaïdjan, Arménie) se sont tournés vers l’Ouest lorsqu’ils sont sortis de l’union soviétique, parce qu’ils se sentent européens et ont une culture européenne. Mais aujourd’hui, le problème, c’est nous ! Nous ne savons pas ce que nous voulons faire de l’UE. Les pays du Caucase du Sud l’ont d’ailleurs bien compris : ils voient bien que l’Europe ne s’investit pas dans la résolution des conflits et que notre opinion publique a eu du mal à assumer l’élargissement de l’UE à 12 nouveaux pays.
C’est pourquoi les Géorgiens sont plus réservés aujourd’hui, car ils savent qu’ils sont très loin d’une candidature d’adhésion. Pourtant, ils ont déjà fait des sacrifices énormes, ils mettent tout en place pour se préparer (notamment dans le cadre de la politique de voisinage) et pour parvenir à la prospérité, comme à l’Ouest. Ils me disaient récemment : « Si ce n’est pas pour notre génération, et bien ça sera pour la génération d’après ». J’espère donc que l’UE ne laissera pas ces trois pays orphelins. »
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Cet interview a été publié sur le website du Parlement européen le 9 janvier 2008.
En pièce attachée, la Déclaration de Mme Isler Béguin sur les éléctions présidentielles du 5 janvier 2008 en Géorgie.