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Posté le 4 juillet 2007 par Tamar Gugulashvili (Contacter l'auteur)
Les accords sur la facilitation des visas sont un instrument important pour rapprocher l’UE des pays voisins. Ils augmentent les contacts entre les peuples par la facilitation des procédures d’obtention des visas court terme, et par l’établissement des critères simplifiés d’obtention des visas long terme pour les étudiants, pour les journalistes, pour les hommes d’affaires etc. En principe, il y a là rien pour s’y opposer.
Mais, vu leur impact sur les conflits gelés du Sud Caucase, ces accords risquent d’avoir des conséquences graves bien que non intentionnelles.
Par Marie Anne Isler Béguin et David Bakradze*
Dans d’autres circonstances, la décision du mois d’avril dernier de Conseil Justice et Affaires Intérieures (JAI) de l’Union européenne serait une routine inoffensive. Les accords de la facilitation des visas et de réadmission avec la Russie que les ministres de l’Union européenne ont approuvés forment une partie intégrale du Partenariat Stratégique de l’UE avec la Russie.
Mais, en approuvant les accords sur les visas avec la Russie, les ministres de l’Union ont failli à mesurer l’effet que ces accords auront sur la Géorgie voisine et ses régions séparatistes -l’Abkhazie et sur l’Ossétie du Sud.
Chargé par la communauté internationale de maintien de paix dans ces deux régions, Moscou y joue un rôle plus qu’ambigüe et il est souvent accusé d’y soutenir le séparatisme.
Notamment, Moscou a largement distribué les passeports russes à tous les résidents de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud qui les souhaitaient. Les résidents de ces deux républiques séparatistes optent massivement pour l’obtention des passeports russes car ceci leur donne la possibilité de travailler en toute liberté en Russie. Et, sachant que la xénophobie augmente en Russie, les passeports russes deviennent d’autant plus précieux. La récente expulsion des commerçants d’origine kazakhe, géorgienne et azérie des marchés russes en constitue un exemple marquant.
Maintenant, l’Union européenne – inconsciemment, il semblerait - vient de donner une autre raison de poids de briguer les passeports russes aux résidents d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud : à la différence de ceux qui détiennent les passeports géorgiens, les ressortissants d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud peuvent voyager plus facilement et moyen cher dans les pays de l’Union européenne à partir de 1 juin 2007 (date à laquelle les accords sur les visas UE-Russie sont entrés en vigueur.
Certainement, en signant ces accords, l’Union européenne n’a pas eu l’intention de favoriser le séparatisme dans ces deux régions de la Géorgie et de ranimer les tensions entre russo-géorgiennes.
Heureusement, sans remettre en cause l’accord du Partenariat Stratégique de l’UE avec la Russie, une solution pourrait être trouvée : Bruxelles devrait immédiatement commencer un dialogue avec la Géorgie sur la facilitation des visas. Le simple fait de commencer des telles négociations enverrait un signal fort aux résidents d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud que la possession des passeports géorgiens ne les met pas dans une position désavantageuse.
Une fois que les négociations sur les visas démarreront avec la Géorgie, il n’y a pas de raison qu’elles ne se déroulent pas assez rapidement. Le mois dernier, quatre pays balkaniques ont signé les accords de facilitation des visas et de réadmission avec l’UE après cinq mois du début des négociations. Un accord similaire avec l’Ukraine devrait prendre effet au début de cet été.
La Géorgie, qui a signé le plan d’action dans le cadre de la Politiqué Européenne de Voisinage en novembre dernier, progresse rapidement sur la voie des reformes dont certains devraient intéresser les ministres de Justice et Affaires Intérieures de l’Union européenne : les réformes sont en cours dans les systèmes judiciaire et juridique géorgiens, la gestion des frontières est la meilleure dans le voisinage oriental de l’UE et la Géorgie a pris l’engagement de combattre le trafic des êtres humains et l’immigration illégale.
La Géorgie est un modèle de réformes pour les pays voisins. Seulement trois ans après la révolution des Roses, le pays développe la démocratie et se vante d’avoir l’économie la plus rapidement croissante de l’Europe. Tout récemment, la banque mondiale a attribué à la Géorgie la première place parmi les pays réformistes dans le monde. Et, au moment où l’Europe se focalise sur la diversification de ses approvisionnements énergétiques, la Géorgie se présente comme un pont reliant l’Union avec la vaste zone riche d’hydrocarbures de la Caspienne.
En conclusion, la Géorgie est la preuve que la transformation démocratique est non seulement possible mais qu’elle peut avoir lieu avec une vitesse renversante.
*David Bakradze est le Co-président de la Commission de Coopération parlementaire Géorgie-UE.
La version anglaise de cet article a été publié dans le journal "European Voices" le 23 mai 2007.