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Intervention au Parlement européen sur le Niger de Marie Anne Isler Béguin ( 08/09/2005)

Posté le 8 septembre 2005 par MAIB.INFO (Contacter l'auteur)

Le monde s’est enfin penché sur le Niger. Il aura fallu des images de télévision montrant des enfants mourants pour que les pays donateurs et les organisations internationales se mobilisent et déclenchent une aide d’urgence.

Malgré les appels répétés des ONG et du Programme Alimentaire Mondial, le monde pensait que l’on assistait là à un nouvel épisode de la crise alimentaire et la malnutrition endémique qui gangrène cette région, la plus pauvre du monde.

Malheureusement rien que de "presque normal", si l’on peut dire...

Nous avions également interpellé la Commission à ce propos, en avril dernier déjà...Mais mon propos n’est pas ici de polémiquer sur la lenteur de réaction des uns et des autres. L’aide est enfin là, les bailleurs de fonds ont réalisé que cette crise relevait en fait d’une véritable famine qui touchait un tiers de la population du Niger, soit 3,6 millions de personnes.

Il me semble ici important de rappeler deux choses :

 d’une part que l’on doit s’assurer que l’aide atteint bien les plus vulnérables, sans exception. Je pense ici aux populations nomades, qui ne sont pas forcément sur les listes du Programme Alimentaire Mondial, et qui ont perdu la quasi-totalité de leur bétail, alors que c’est leur unique moyen de subsistance, et qui sont eux aussi victimes de famine. On a reporté des cas de suicide chez les peuls, ce peuple fier qui ne supporterait pas de mendier.

 ce qui m’amène à mon deuxième point : l’aide d’urgence ne doit pas nous faire oublier l’impérative nécessité de l’aide au développement. Car il ne suffit pas d’inonder le pays d’argent ; il faut penser à assurer, en amont, les moyens qui permettront dans l’avenir d’éviter de nouvelles catastrophes. Cela passe par exemple par l’acheminement de semences céréalières afin de stimuler la production locale, la reprise de l’aide à l’équipement des agriculteurs qui avait été arrêtée par le gouvernement nigérien sur demande expresse du FMI, ou par l’acheminement d’aliments pour bétail pour reconstituer et renforcer les cheptels.

Qu’avez-vous prévu, monsieur le Commissaire, pour assurer cette aide constructive pour l’avenir du pays ?

L’aide au développement, monsieur le Commissaire, cela passe enfin par notre propre remise en cause :

Allons nous continuer longtemps à subventionner nos exportations agricoles, qui, nous le savons, détruisent les économies locales des pays tiers et rend par conséquent les populations dépendantes, et donc plus vulnérables ?

Allons nous longtemps soutenir les politiques de dérégulation agricole prônées par le FMI, et dont on a vu les limites ?

Merci de vos réponses.


Réponse donnée par M. Michelau au nom de la Commission, à la question de Marie Anne Isler Béguin sur le Niger (29.6.2005)

Par l’intermédiaire de son Office d’aide humanitaire (ECHO) et de ses délégations présentes dans chaque pays, la Commission assure un suivi attentif de la situation nutritionnelle et de l’insécurité alimentaire générale dans les pays qui ont été les plus affectés par l’invasion dévastatrice de criquets pèlerins en 2004 et par la sécheresse qui a suivi, en particulier au Mali, au Niger, en Mauritanie, au Tchad et dans le nord du Burkina Faso. Aide humanitaire de la Commission : Sur la base d’une évaluation réalisée au Mali, ECHO a adopté, en mai 2005, une décision d’urgence allouant 2 millions d’euros au Mali sur l’enveloppe B du 9ème FED (Fonds européen de développement) afin de fournir une aide humanitaire à la population pastorale victime des crises nutritionnelles qui sévissent actuellement dans les régions de Gorum, de Gao, de Kidal, de Tessalit et de Tombouctou. Sur le total de 460 000 personnes qui vivent dans ces régions, 60 000 devraient bénéficier de l’aide nutritionnelle et 110 000 personnes supplémentaires d’actions visant à assurer la sécurité alimentaire, comme la distribution ciblée de nourriture, la distribution de semences et de fourrage.

Au début du mois de juin 2005, une mission d’ECHO se trouvait au Niger pour évaluer les besoins humanitaires et identifier les partenaires de mise en oeuvre pouvant être associés aux interventions humanitaires. ECHO élabore actuellement une décision de financement en faveur du Niger, allouant au moins 3 millions d’euros sur l’enveloppe B du 9ème FED, dans le cadre d’une première réaction vis-à-vis du niveau élevé de malnutrition sévère ou modérée qui y est constaté et de l’insécurité alimentaire alarmante qui touche de nombreuses régions.

La stratégie appliquée dans l’immédiat sera la même que pour le Mali et consistera donc à apporter un soutien aux partenaires agissant dans le domaine de la récupération nutritionnelle, des activités de sécurité alimentaire étant menées dans un deuxième temps. ECHO suivra attentivement la mise en oeuvre des décisions au Mali et au Niger, en s’assurant notamment que les fonds sont correctement alloués et l’aide bien attribuée aux bénéficiaires, grâce à un contrôle régulier sur le terrain. Par ailleurs, ECHO évaluera l’efficacité des opérations, sur la base d’indicateurs de performance préalablement définis qui permettent de mesurer le degré d’obtention de résultats et de réalisation des objectifs.

Aide à long terme de la Commission :

Dans le cadre d’une stratégie menée à plus long terme au Mali, la Commission exécute actuellement, en collaboration avec les autorités maliennes, un grand nombre de projets de développement ayant tous pour objectif la réduction de la pauvreté. En 2004, l’enveloppe programmable du 9ème FED pour la période 2002-2007, en faveur du Mali, a été relevée pour passer de 315,2 à 392,2 millions d’euros. Cette augmentation répondait à de bonnes performances dans le domaine de la coopération dans ce pays où, au cours des dix dernières années, la Commission a déboursé en moyenne 54,8 millions d’euros par an (y compris les paiements effectués en dehors du cadre de l’enveloppe programmable du FED : 81 millions d’euros en 2004).

En ce qui concerne le Niger, l’enveloppe A du 9ème FED a aussi été relevée de 96 millions d’euros en 2004 (à savoir 31 millions d’euros de ressources supplémentaires et 65 millions d’euros transférés de l’enveloppe B). Cette décision a été prise en raison des bonnes performances du pays (la moyenne des décaissements annuels sur dix ans s’élève à 29,9 millions d’euros). À la suite de cette augmentation et du transfert des soldes non dépensés de FED précédents, l’enveloppe A du 9ème FED en faveur du Niger atteint à présent 332,8 millions d’euros.

Enfin, la Commission finance en grande partie un programme géré par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, dont l’objectif est de lutter contre les criquets pèlerins et leurs ravages. Ce programme est réalisé au Mali et au Niger, ainsi que dans d’autres pays de la région affectés par ce fléau en 2004. La Commission apporte une contribution de 23,5 millions d’euros sur les enveloppes B du FED destinées à ces pays. .


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