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Posté le 21 décembre 2004 par
Dès l’ouverture de la séance par la députée Verte Marie Anne Isler Béguin et Mohamed Lemine Ould Dadde, le délégué diplomatique Permanent de CR, il a été constaté l’absence des invités suivants : Mohamed Khouna Ould Haïdallah, Cheikh Ould Horma, Ismaël Ould Amar, Lo Gourmo Abdul.
Les deux premiers ont été empêchés de quitter Nouakchott. Les seconds se sont volontairement abstenus.
Ainsi, les deux tables rondes furent recomposées comme il suit :
10h15 à 12h45 - Premier débat : « Les germes de conflit en Mauritanie, leurs causes et leurs incidences sur l’immigration vers l’Europe »
Modératrice : Christine Muratet, journaliste à Radio France Internationale
Intervenants : Pierre Bonte, (directeur de recherche au CNRS, membre du Laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France), Alioune Tine (juriste, président de la Rencontre Africaine des Droits de l’Homme), Boubacar Diagana (géographe, réfugié politique en France), Boubacar Messaoud (architecte, président de SOS Esclaves Mauritanie), Mohamed Yahya Ould Sidi Haïba (juriste, conseiller du Commissaire mauritanien aux Droits de l’Homme, à L’Insertion et à la lutte contre la Pauvreté)
Ont développé les thèmes suivants :
Pierre Bonte : les spécificités anthropologiques de la Mauritanie, son immigration vers l’Europe et la résurgence actuelle du tribalisme.
Alioune Tine : Les violations des droits de l’Homme en Mauritanie, la difficulté d’un dialogue entre le pouvoir d’une part, son opposition et la société civile de l’autre.
Boubacar Diagana : Les discriminations ethniques, leurs incidences sur l’application du droit, la problématique de l’usurpation et du partage inégal des terres, la question des déportés et de leur difficile retour dans la dignité, l’enjeu politique de l’eau et des terres de culture dans la vallée du fleuve Sénégal.
Boubacar Messaoud : La persistance de l’esclavage, la mauvaise volonté des autorités dans son traitement, l’impunité des crimes commis contre les populations négro-africaines, la banalisation de la torture et du délit de parenté.
14h30 à 16h50 - Deuxième débat : « La prévention des risques de violence en Mauritanie et ses effets éventuels sur les rapports Sahel-Maghreb-Europe »
Modérateur : Alioune Tine, Président de la Raddho
Intervenants : Kane Hamidou Baba (expert en communication, député), Oumar Ould Yali (enseignant, sénateur), Chbih Ould Cheikh Melaïnine (économiste, ancien ministre, ancien détenu politique), Abdel Nasser Ould Yessa (juriste, réfugié politique en France), Mohamed Vall Ould Belil, (responsable de publication du journal Aljoumhouria)
Ont développé les thèmes suivants :
Kane Hamidou Baba : Les fraudes électorales massives, les atteintes à la liberté d’expression, l’absence de transparence dans la gestion des deniers publics, l’impossibilité pour l’opposition d’obtenir la reconnaissance du pouvoir. Appel au dialogue.
Chbih Ould Cheikh Melaïnine : analyse de la mentalité du « tout ou rien » dans le procès de la concurrence politique en Mauritanie, exposé et explication de l’appel au dialogue lancé par les partis d’opposition, mise en garde contre les conséquences d’une exploitation irrationnelle du pétrole.
Oumar Ould Yali : Démonstration de la vacuité de la démocratie en Mauritanie, à travers les interdictions de partis et d’ONG, les entraves à l’exercice syndical, l’échec de l’enseignement et de l’appareil judiciaire. Appel au dialogue.
Abdel Nasser Ould Yessa : Exposé des trois solutions de sorties de crise : annonce de retrait ou démission de Ould Taya en contrepartie d’une impunité ciblée, reprise de tous les scrutins après désignation par consensus d’une commission électorale indépendante, coups d’état et lutte armée. Constat d’impossibilité du dialogue.
Les deux défenseurs du Pouvoir, Mohamed Yahya Ould Sidi Haïba et Mohamed Vall Ould Belil se sont évertués à nier l’état de crise et dépeindre l’état d’une Mauritanie en pleine croissance et bien gouvernée. Ils se sont élevés contre l’implication de Conscience et Résistance dans l’organisation du séminaire.
Au début de la seconde table ronde, le Doyen Murtodo Diop a lu l’allocation envoyée par le Président Mohamed Khouna Ould Haïdalla ; quant au journaliste exilé Ould Wedia, il s’est exprimé au nom du mouvement islamiste mauritanien, démontrant la vanité et le caractère artificiel des accusations de terrorisme dont il fait l’objet de la part du Pouvoir.
Si la première table ronde fut d’une grande richesse, la seconde sera plus polémique et houleuse ; le public, passionné, rendra les discussions un peu moins détendues que durant la matinée.
16h50 à 17h30 - Synthèse et clôture des débats : Marie Anne Isler Béguin, Mohamed Lemine Ould Dadde, Kane Hamidou Baba, Chbih Ould Cheikh Melaïnine, Pierre Bonte.
Au cours de la séance de clôture, Marie Anne Isler Béguin a prié Messieurs Chbih Ould Cheikh Melaïnine et Kane Hamidou Baba de bien vouloir assurer, en Mauritanie, le suivi des travaux du séminaire. Les congratulations d’usage ont mis fin cette journée exceptionnelle où l’opposition radicale, l’opposition légale et les partisans du pouvoir ont pu, pour la première fois, se confronter, face-à-face.
L’on aura remarqué, également, la présence de diplomates, dont, entre autres, ceux du Togo, de la Côte d’Ivoire, d’Israël et d’un représentant de la GTZ (coopération allemande.)
Il est à noter ce détail révélateur : durant le séminaire, les représentants du Pouvoir ont distribué deux documents de propagande, dont un discours de l’Ambassadeur d’Israël à Nouakchott, où il accusait les palestiniens de terrorisme et décernait au régime du Colonel Ould Taya un certificat d’exemplarité démocratique.
La veille, déjà, la délégation des députés du PRDS (parti au pouvoir) exigeait 3 participations aux deux tables rondes, en considération du poids électoral dont ils se prévalent en Mauritanie. Après d’âpres négociations avec la députée européenne Marie Anne Isler Béguin, ils reviendront avec une nouvelle condition à leur présence : que « Conscience et Résistance, mouvement terroriste » ne soit pas mentionné et se retire du séminaire. La réponse du partenaire Vert Européen a été un refus catégorique. Les représentants du Pouvoir ont alors recouru à la seconde tentative ; le matin, tôt, l’Ambassadeur de Mauritanie à Bruxelles faisait remettre à la sécurité du Parlement européen, copie du mandat d’arrêt international contre un « terroriste » devant modérer l’un des débats ; il s’agissait de Abdel Nasser Ould Othman Sid’Ahmed Yessa, Porte-Parole de CR. Les autorités mauritaniennes demandaient son arrestation pure et simple.
Après en avoir informé le Président du Parlement, la police belge a vérifié le titre de voyage de Monsieur Ould Yessa et découvert qu’au titre de la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés, elle devait lui offrir assistance et protection. L’incident sera clos par le rejet de la demande de l’Ambassadeur de Mauritanie.
Les députés du PRDS ayant renoncé à venir, la tâche de promouvoir le point de vue du gouvernement sera confiée à Messieurs Mohamed Yahya Ould Sidi Haïba, Conseiller Juridique du Commissaire aux Droits de l’Homme, à L’Insertion et à la lutte contre la Pauvreté et Mohamed Vall Ould Belil, responsable du journal Aljoumhouriya, organe du parti au pouvoir ; tous deux déclarèrent intervenir au nom d’ONG jusqu’ici inconnues.
Les partisans du Pouvoir se sont inscrits en masse pour bloquer les places disponibles mais la manœuvre a échoué, comme la tentative de disqualifier l’un des intervenants.
Voici la liste circonstanciée des « élus » PRDS qui ont effectué le déplacement jusqu’à Bruxelles et se sont abstenus au dernier moment :
Mohamed Yeslem Ould El Vil, chef de la délégation, député d’Atar, maire de Aïn Ehel Taya, ancien ministre de la défense, membre du Bureau Exécutif du PRDS, chargé des opérations électorales, Président du Conseil d’Administration de la Caisse Populaire d’Epargne et de Crédit des Mouqataa de Teyaret et du Ksar, membre de l’Assemblée Paritaire ACP-UEE.
Chrif Ahmed Ould Mohamed Moussa, député de Nouadhibou, délégué de Mauritanie à l’Assemblée Parlementaire de l’Otan, membre de la Commission des Affaires Etrangères et du Bureau de l’Assemblée Nationale.
Mohamed Abdallahi Ould Guelaye, député de Maghama, questeur de l’Assemblée Nationale.
La réunion a été entièrement filmée ; la minute est versée aux archives du Parlement et de la Commission. Un compte-rendu sera publié bientôt et remis à l’Exécutif européen. Des photos de l’événement sont également disponibles.