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Kyoto, un protocole enfin appliqué mais déjà dépassé ?

Posté le 9 décembre 2004 par Marie Anne Isler Béguin (Contacter l'auteur)

C’est le 16 février 2005, soit plus de 7 ans après sa signature, que le Protocole de Kyoto -qui ambitionne de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 5,2% d’ici 2012 par rapport au niveau de 1990- entrera enfin en vigueur.

Grâce à la ratification du Protocole par la Russie le 18 novembre dernier, l’exigence d’une ratification par au moins 55 pays parties, émettant plus de 55% du total des rejets de gaz responsables du réchauffement de la planète, est atteinte ; le protocole pourra donc prendra force de loi internationale pour ses signataires...

Pourtant, le grand absent de cette lutte commune reste les Etats-Unis, premiers pollueurs de la planète. Et c’est tout particulièrement l’administration Bush qui, sous le poids des lobbys pétroliers, refuse toujours catégoriquement de reconnaître l’ampleur du réchauffement et ses dangers.

Nous les Verts, présents à Kyoto, nous estimions, en accord avec les communautés de scientifiques, que la réduction acceptée par compromis de 5,2% restait largement insuffisante si l’on ambitionnait de réduire efficacement les émissions et de contenir leur impact.

Car 7 ans après le boom économique de certains pays émergents, force est de constater que la fulgurante montée en puissance des rejets des gaz incriminés rend déjà le protocole obsolète dans ses objectifs. Si les prévisions s’avèrent exactes, les émissions pourraient doubler d’ici à 2030, en franchissant le seuil des 38 milliards de tonnes !

C’est sous ces éclairages que se tient à Buenos Aires, du 6 au 17 décembre 2004, la dixième conférence de l’ONU sur le climat. L’enjeu sera certes de mettre en oeuvre concrètement le protocole de Kyoto, mais il sera surtout de convaincre les responsables politiques de la nécessité absolue de préparer l’après-Kyoto.

En ce sens, l’engagement de Tony Blair et de son gouvernement pour combattre les émissions est exemplaire. Son plan de lutte contre le réchauffement climatique est en effet d’une exceptionnelle clairvoyance et se doit d’être soutenu et promu. Son principal conseiller scientifique, M. David King, n’a-t-il pas affirmé publiquement que les menaces liées au réchauffement climatique étaient pires que celles liées au terrorisme ? Propos également tenus par M. Koffi Annan, secrétaire général des Nations Unies...

Et malgré les mouvements d’humeur et l’opposition des lobbys outre-atlantique, Londres n’a pas fléchi sur cette question. La lutte contre les émissions de gaz à effet de serre figure même parmi les objectifs principaux du futur G8, qui doit se tenir en Ecosse courant juillet 2005, sous la présidence de Monsieur Blair.

Même si les ONG outre-manche, tels les Amis de la Terre et le WWF, restent critiques quant à la mise en oeuvre de cette politique volontariste, les objectifs de Londres sont ambitieux : réduction de 20% des émissions de CO2 à l’horizon 2010, tout en y incluant le transport aérien, sans relancer le nucléaire et en favorisant les énergies renouvelables et en misant sur l’efficacité énergétique.

Nous ne pouvons qu’espérer que les 24 membres de l’Union Européenne suivent la Grande Bretagne et assument eux aussi leur part de responsabilité face aux catastrophes que vont entraîner les changements climatiques ; cela donnerait également un signal fort aux pays émergents, terriblement énergivores, mais à qui nul ne peut contester la volonté de rattraper le niveau de vie des pays industrialisés.

Pour un véritable développement écologiquement soutenable, il reste pourtant indispensable de modifier radicalement nos modes de consommation et le choix de nos modes de production d’énergie tout particulièrement.

Mais avec les Etats-Unis qui ne veulent rien entreprendre qui nuirait à leurs industries, qui ne veulent rien modifier de leur American Way of Life, il sera difficile de convaincre le reste du monde de la nécessité de faire des efforts, au nom de l’ensemble de la planète ! Monsieur Bush, votre responsabilité se situe là aussi !


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