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Posté le 1er avril 2008 par Tamar Gugulashvili (Contacter l'auteur)
Prés de 1000 activistes pacifistes venus de 17 Etats membres de l’Union européenne ont manifesté devant le siège de l’OTAN à Bruxelles le 22 pars dernier. Exactement dix jours avant le Sommet de l’Alliance atlantique qui se tient le 2 avril 2008 à Bucarest, en Roumanie. Avec le slogan de la journée "NATO GAME OVER", les militants pour la paix ont voulu saisir l’actualité et dire aux Européens que l’OTAN créé plus de problème qu’elle n’en résout.
En effet, lors du sommet de Bucarest l’OTAN discutera son futur élargissement. Il est attendu que l’Albanie, la Croatie et l’ancienne République yougoslave de Macédoine se voient invitées pour rejoindre l’Alliance. Par contre, il n’y a aucune décision préalable concernant les candidatures de l’Ukraine et de la Géorgie qui espèrent, elle aussi, de recevoir le Plan d’Adhésion (acronyme anglais - MAP) de l’OTAN. Cette question risque de diviser les membres de l’Alliance : les Etats-Unis et les nouveaux Etats membres de l’Union européenne résolument favorables et les anciens Etats membres de l’UE, comme l’Allemagne et la France, plutôt réticents par crainte d’offusquer Moscou.
Tout reste à jouer. Et, les offensives diplomatiques des gouvernements géorgien et ukrainien s’intensifient à Bruxelles, à Paris ou à Washington. Le Président américain, G. Bush qui a reçu la semaine dernière le président géorgien à la Maison Blanche, s’est rendu en Ukraine pour soutenir la candidature de ce pays à l’OTAN deux jours avant le sommet de Bucarest.
Moscou, de son côté, ne ménage pas ses efforts pour contrer l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine et à la Géorgie, ex-républiques de l’Union soviétique, aujourd’hui pro-occidentales et définitivement résolues de s’émanciper de la domination du grand frère russe.
"Aucun Etat ne peut être satisfait d’avoir près de ses frontières des membres d’un bloc militaires auquel il n’appartient pas", a prévenu le nouveau président russe, Dimitri Medvedev. Quant au président sortant, Vladimir Poutine, il est attendu à Bucarest le 2 avril, officiellement pour participer au Conseil OTAN-Russie.
On peut s’étonner de cette agitation mondiale concernant les candidatures géorgienne et ukrainienne alors même que les pays de l’Europe centrale et de l’Europe de l’Est ont tous adhéré à l’OTAN avant d’intégrer l’Union européenne.
L’adhésion à l’OTAN a toujours été perçue par les pays de l’Est comme la meilleure garantie de sécurité par rapport à la Russie. La Géorgie et l’Ukraine partagent avec eux le passé encore douloureux de la domination russe. C’est pour cette raison que les pays de l’Est les soutiennent et arguent que refuser ces candidatures signifierait pour l’OTAN l’injonction de Moscou dans sa décision.
Pour les membres européens de l’OTAN, il n’est pas facile aujourd’hui de résoudre ce dilemme. La Russie est revenue en force sur la scène politique mondiale et fait peser ses intérêts en maniant l’arme redoutable de l’énergie.
Par ailleurs, les arguments pour contrer les candidatures ukrainienne et géorgienne ne manquent pas. Selon les sondages, seulement 30% de la population ukrainienne soutiendrait l’adhésion de son pays à l’OTAN. Alors qu’en Géorgie, malgré le referendum favorable du 5 janvier 2008, d’aucuns évoquent les conflits non-résolus de l’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. De plus, les prouesses démocratiques de la Géorgie ont été sévèrement mises en cause par la récente crise interne.
Dans ce contexte, on dépasse largement une simple question de progrès et des réformes exigées pour adhérer, il s’agit de la vision stratégique ou d’un marchandage qui ne dit pas son nom : l’Alliance Atlantique pourrait laisser ces deux pays dans la zone d’influence russe en échange de l’apaisement russe sur d’autres dossiers brûlants, comme l’accord russe sur l’installation du système des missiles et des radars américains en Pologne et en République Tchèque.
L’OTAN a tout intérêt de s’élargir à l’Ukraine et à la Géorgie. Elle s’est donnée comme objectif de sécuriser le bassin de la mer Noire - passage obligé des hydrocarbures d’Asie centrale. La sécurisation de bassin de la mer Noire où transitent 10% de réserves mondiales d’hydrocarbures est devenue une priorité pour les Etats Unis, à l’origine des pipelines BTC (Baku-Tbilissi-Ceyhan) et Nabucco, pipelines censées réduire la dépendance de l’Europe et de l’Asie centrale à l’égard de la Russie.
La Géorgie se sait incontournable pour évacuer les hydrocarbures de la Caspienne sans passer par la Russie. L’Ukraine qui transite aujourd’hui 80% du gaz russe vers l’UE, se pose comme un partenaire inévitable dans cette équation.
Dans cet exercice de haute voltige, l’Union européenne n’existe toujours pas en tant qu’entité unie. Que l’on soit pour ou contre l’OTAN, force est de constater que là aussi l’Europe reste divisée, d’autant que l’Ukraine et la Géorgie font partie de sa politique de voisinage, censée leur amener la sécurité.
L’UE a encore attendu l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie pour esquisser ce qu’elle appelle "une synergie de la mer Noire" visant le renforcement de la coopération économique avec cette région d’importance majeure pour sa sécurité énergétique. Mais la sécurisation de ses approvisionnements énergétiques passe toujours par les accords bilatéraux.
Derrière ce débats sur l’élargissement de l’OTAN, la question est de s’interroger sur les vraies raisons d’existence de l’Alliance - il s’agit de la sécurité globale ou des intérêts économiques et stratégiques que chacun va essayer de défendre ?
Réponses dans deux jours, au sommet de Bucarest !