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Posté le 11 septembre 2007 par Cédric Cabanne (Contacter l'auteur)
Au centre de Conference, les delegations se preparent a journee de discussions pas comme les autres. Le secretariat de la Convention a en effet organise une session de dialogue avec les acteurs de la lutte contre la desertification. Les debats sont structurees autour de trois axes :
La societe civile n’est pas toujours bien representee. Sur les 800 organisations officiellement acreditees a la Convention, seules 349 sont effectivement representees a Madrid. Bien sur, des bailleurs de fonds comme la Commission europeenne mettent ouvrent des fonds pour permettre aux acteurs engages au quotidien, d’apporter leur experience aux discussions. C’est bien peu au regard de l’enjeu que represente la mise en oeuvre de la Convention pour la lutte contre la desertification. Le futur plan d’action pour les 10 annees a venir est l’occasion d’integrer plus systematiquement les representants des communautes locales, organisations de developpement ou agricoles. Bien sur il s’agit aussi de definir les regles de la participation : qui, quand, ou, comment et pour quel contenu ? Dans ce sens, les pays europeens qui ont majoritairement ratifie la Convention d’Aarhus se doivent de montrer l’exemple. Les delegations des pays-parties a la Convention sont nombreux a intervenir. Ainsi, la delegation chinoise surprend son monde en communicant sa strategie en faveur des ONG : basee sur un statut (vote par le Parlement) et la creation d’un instrument financier pour l’environnement abonde par les entreprises, la participation "a la chinoise" est un aussi un outil de communication politique a l’attention des diplomates etrangers.
Au final, les recommandations expriment la necessite d’un soutien financier plus important pour les ONG de la part du secretariat. Dans ce domaine, la tache ne sera pas facile puisque le secretariat devra finalement selectionner les partenaires les plus efficaces et les plus representatifs.
Comme le souligne le moderateur de la discussion, le Professeur Marc Bied-Charreton (President du Comite francais contre la desertification), le role de la femme est un sujet a ce point delicat qu’il se reflete dans les langues : en France, n’hesite-t-on pas a donner du "Madame la Ministre" au titulaire d’un marroquin ministeriel ?
Les representantes d’ONGs cubaines, camerounaises et europennes qui lui emboitent le pas, rappellent les faits : dans le monde, 1 milliard 300 millions de personnes vivent en situation de detresse alimentaire, sanitaire, sociale ou politique. Parmi celles-ci, 60% sont directement les victimes de la desertification et de la secheresse. Les femmes subissent les situations les plus precaires parce qu’elle ont un acces plus reduit que les hommes aux ressources environnementales et a leur gestion. Alors meme que les femmes doivent assumer les besoins de leur famille, elles sont aussi victimes des abus.
Pourtant, les femmes sont les gardiennes des savoirs-faire, dans un monde perturbe par la remise en questions des equilibres ecologiques. Concretement, ce sont les femmes qui de la Mauritanie, au Niger en passant par le Mali resistent a la desertification en batissant des cordons de pierre, en lancant des plantations ou en recyclant des materiaux biodegradables.
Le projet de Keita, en Republique du Niger est edifiant. Il s’est developpe dans un contexte de desertification et d’exode masculine massive. Pour memoire, l’arrondissement de Keita se compose de 4860 km2 de plateaux, de versants abrupts et rocailleux, de versants ensablés, de glacis à faible pente et de vallées. Le territoire est marqué par un réseau dense de cours d’eaux saisonniers appelés koris. Un accord a été signe entre les Gouvernements du Niger et de l’Italie en décembre 1983 pour combattre la dégradation des terres et la désertification, qui prenaient des dimensions de plus en plus alarmantes. L’accord a été reconduit en 1991 pour étendre le projet aux arrondissements de Bouza et d’Abalak Les plateaux et les glacis, qui étaient considérés stériles ou d’un faible potentiel, portent maintenant des arbres, des cultures et de l’herbe. Outre qu’il a fait augmenter les rendements de l’agriculture et restauré les parcours du bétail, le projet a permis d’élargir le réseau routier, de développer les services sociaux et de reconstruire les écoles.
La derniere table-ronde traite de l’adaptation au changement climatique. Avant de lancer les debats, les intervenants definissent l’adaptation comme l’ensemble des facultes et des pratiques mises en oeuvre par les communautes pour pereniser leur existence, surtout dans les periode d’incertitude.
Les intervenants traitent egalement des consequences migratoires de la degradation des sols, en rappelant que la migration est aussi un drame qui touche chaque annee de 500 000 a 800 000 personnes. Bien sur, il ne s’agit pas seulement des populations les plus demunies. Il s’agit egalement des migrants les mieux formes. Comme solution, les intervenants evoquent la formation des jeunes et le developpement d’initiatives de lutte contre la degradation des sols debouchant sur des emplois.
Au cours de cette derniere discussion, une sonnette d’alarme retentit dans la salle pleniere. Les acteurs de la societe civile nous mettent en garde contre les liens trop faciles qui pourraient etre tisses entre la lutte contre la desertification et celle en faveur du climat : replanter un territoire aride ou semi-aride avec des agro-carburants ne va pas de pair avec la sequestration de carbone. Developper des plantes pour un usage energetique dans les zones degradees remet finalement en question la securite alimentaire.