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Posté le 18 octobre 2004 par Marie Anne Isler Béguin (Contacter l'auteur)
Monsieur le député
C’est parce que je suis soucieux de la protection de la nature en France, comme sur le reste de la planète, de son efficacité et des modalités de sa mise en œuvre que je me permets de vous contacter aujourd’hui. Puisque vous êtes actuellement saisi du projet de loi relatif aux territoires ruraux, et que la semaine prochaine, des volets importants de cette loi seront en débat...
Chacun aujourd’hui admet que la protection de la biodiversité est une nécessité pour les générations futures. Or il se trouve qu’un certain nombre de dispositions inhérentes à cette loi, ou introduites en séances, tel l’amendement « loup » de vendredi dernier, vont dans un sens contraire, créant ainsi un profond déséquilibre entre les aspirations de la majorité des français et les revendications corporatistes de quelques groupes de pression, trop souvent déconnectés de l’intérêt général.
Ceci concerne, par exemple, les dispositions de mise en place des sites NATURA 2000, jusque là patiemment porté à bout de bras, au coté des élus locaux et des pouvoirs publics, par les associations de protection de la nature, et qui risque d’être, demain, les « oubliées » de la composition des comités de pilotage.
De même, ce texte envisage la recomposition du conseil d’administration de l’ONCFS, recentré sur la voix des chasseurs alors même que les missions de cet établissement sont élargies à la mise en valeur de la faune sauvage. Alors même que le Ministère de l’écologie a annoncé, que pour la première fois, il pourvoira au financement de l’établissement public. N’y aurait-il pas là un non-sens ? Je suis également inquiet de l’autorisation faite aux chasseurs de chasser une heure avant le lever et une heure après le coucher du soleil alors qu’en automne et en hivers, cela correspond à des périodes d’obscurité complète !. Vous imaginez comme moi, les lourdes conséquence d’une telle disposition.
Un autre amendement déposé est à mes yeux, et je l’espère aux vôtres, des plus inquiétant : celui sur la révision des espèces protégées. Réclamée par le monde de la chasse, cette mesure, dans l’état actuel des choses sera catastrophique pour notre patrimoine naturel. Les associations de protection de la nature ont sut faire preuve depuis de nombreuses années d’une ouverture d’esprit qui à permis sans déclassement de cette liste, le tir du grand cormoran dans plusieurs région de France, le déplacement de castors ou le tir ou la capture de lynx au comportement atypique lorsque cela semblait la seule solution. Pourquoi aujourd’hui, sans aucun travail préalable, remettre cela en cause au tournant d’une loi initialement prévue pour développer les territoires ruraux ? Les conséquences d’une telle mesure déclencheront à coup sur une grave polémique et ne pourra avoir que de très graves conséquences.
D’ailleurs, le lobby qui est à l’origine de cette demande, se garde bien de remettre en cause le statut d’espèce gibier de certaines espèces en très mauvais état de conservation...
Cette proposition de texte est grave dans son contenu général dans la mesure ou la mise en œuvre de la protection de la nature est bradée auprès d’une seule catégorie de ses acteurs et de fait en exclue les autres. Il s’agit donc d’une erreur qui risque de peser sur l’état de conservation de certains animaux en France, patrimoine de notre pays et de l’ensemble de ses habitants
Ainsi qu’adviendra-t-il des rapaces de nos campagnes dont le rôle important ne semblait plus être à démontrer, même à un enfant de six ans. Aujourd’hui pourtant une disposition sera pourtant discutée à l’Assemblée Nationale. N’y voyez-vous pas là, les conséquences d’une grave dérive ? Je vous demande, monsieur le député de faire preuve de discernement et de ne pas vous sentir indifférent à ce texte qui fait l’objet de ma plus grande inquiétude, et de celle de nombreux citoyens et dont bien entendu nous saurons nous rappeler le moment venu.
J’espère monsieur le député que vous aurez à cœur de me tenir informé des positions que vous aurez prises ou défendues par rapport aux différents points évoqués dans ce courrier
Veuillez agréer, Monsieur le député, mes respectueuses salutations.