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Posté le 23 mai 2006 par Marie Anne Isler Béguin (Contacter l'auteur)
Pont de Fessenheim
Samedi 20 mai, Jacques Chirac était en face de la centrale nucléaire de Fessenheim pour y inaugurer un pont entre l’Allemagne et la France ! A ce geste hautement symbolique manquait le pendant outre Rhin : Angela Merkel, la chancelière d’Outre-Rhin n’était pas de la partie, ce qui a sans doute empêché le Président français de traverser le pont pour saluer nos voisins allemands rassemblés très nombreux aussi pour fêter le pont fédérateur.
Durant les discours officiels, tous les ingrédients européens avaient été réunis.... avaient juste été oubliés les députés européens du Grand Est. Seule représentante de cette corporation, je m’étais imposée à la cérémonie, non pour le plaisir d’un déplacement supplémentaire à Fessenheim, mais pour délivrer le message des élus signataires de l’appel pour l’arrêt de la centrale nucléaire.
En effet, les 134 élus d’Alsace qui appellent à la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, avaient saisi l’opportunité de cette inauguration au pied de la centrale, (si ce n’est pas de la provocation !) pour demander une audience et faire part de nos revendications au Président de la République française. Déjà particulièrement affecté par l’affaire Clearsteam, Monsieur Chirac n’a pas jugé bon nous recevoir, plutôt intéressé par un bain de foule revivifiant alsacien. Monsieur Chirac n’aura pas vu non plus la soixantaine d’antinucléaires de STOP Fessenheim et des Verts qui avaient réussi à passer les 3 barrages de policiers, mais qui furent dégagés manu militari de la chaussée présidentielle....
Je faisais donc partie des officiels qui allaient saluer personnellement le Président, et ce, non sans avoir dû menacer le protocole d’un scandale pour être respectée en tant que parlementaire européenne. Selon le maître de séance, l’application du protocole républicain me reléguait au second rang... il n’a pas insisté !
Le président a eu un mot d’affection pour tous mes collègues alignés en rang d’oignon, ceux qu’il a l’habitude d’inviter et de rencontrer. Arrivé à ma hauteur, je lui fis remarquer que j’étais la seule parlementaire européenne et que mes collègues avaient sans doute été oubliés et que c’était regrettable pour un évènement européen tel que l’inauguration d’un pont transfrontalier. Il avait l’air surpris et ne semblait pas comprendre tout à fait l’ironie de mes propos. Mais c’était Monsieur le préfet qui nous avait reçu la veille (cf com presse du vendredi 19/05) qui devint vert lorsque j’entamais la seconde partie de mon propos en me présentant comme l’une des signataires de l’appel des élus demandant la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Nous avions sollicité une audience et le collectif regrettait qu’il ait refusé de nous rencontrer. A ce moment là, le Président percuta immédiatement ; il devait sans doute avoir été mis sous pression par ses services du renseignement des dangers d’une attaque éventuelle de la part d’anti-nucléaires cachés dans la forêt rhénane alentour....
M. Chirac a répondu qu’il était parfaitement informé de notre demande et qu’il avait déjà reçu le compte rendu de notre entretien de la veille avec les deux préfets d’Alsace et qu’il s’engageait à nous répondre, que c’était en effet une question très importante à laquelle il était particulièrement sensible.
Et tout de suite, son conseiller en charge des questions énergie et environnement me proposait un rendez-vous pour discuter de ces questions. Je lui ai rappelé que c’était au Président que nous souhaitions directement nous adresser. Continuant la discussion sur le nucléaire, il me fit remarquer que la décision de fermer ou de continuer l’exploitation de la centrale de Fessemheim n’était pas du ressort d’EDF mais de l’Etat, et que la décision n’était toujours pas prise. J’ai remercié le Conseiller de cette « bonne nouvelle » en lui rappelant que c’est bien pour cela qu’ensemble, élus et citoyens, mènent la bataille pour que la bonne décision soit prise.
Après les cérémonies et discours, le Président Chirac se rendit à Mulhouse pour y inaugurer le tram... et avec 400 invités, déguster la fameuse choucroute alsacienne.
Pour ma part, je rejoignis mes amis antinucléaires avec qui nous dûmes attendre 13H avant que les 5 barrages de police ne soient levés pour rejoindre nos amis allemands sur le pont européen de Fessenheim. Ensemble, nous avons réclamé la fermeture de la centrale de Fessenheim...avec cette fois-ci un brin d’optimisme.