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Posté le 8 mars 2005 par Marie Anne Isler Béguin (Contacter l'auteur)
Monsieur le Ministre,
Dans la perspective du Conseil des Ministres qui se tiendra cette semaine à Bruxelles, je vous écris au sujet d’un point particulièrement important qui sera abordé par votre homologue belge M. Tobback : l’interdiction de l’importation des oiseaux capturés à l’état sauvage au sein des pays de l’Union européenne.
Nous savons tous que l’Union européenne reste à ce jour le plus grand importateur d’oiseaux sauvages, plusieurs centaines de milliers d’entre eux franchissant chaque année nos frontières. Pourtant, les élevages d’oiseaux "de compagnie" pullulent dans nos pays et ces derniers sont déjà en surproduction : alors pourquoi continuer ce type de commerce inutile ?
En maintenant ces importations, l’Europe se rend complice du déclin avéré de plusieurs espèces et de la mise en péril de bien d’autres en raison d’une difficulté évidente à contrôler les captures et à éviter la surexploitation, d’autant que ce commerce est celui de la souffrance et de l’agonie puisque 40 à 70% des oiseaux meurent avant même d’avoir quitté leur pays d’origine. Seul un très faible pourcentage parvient à destination...
En outre, l’importation des oiseaux sauvages constitue une grave menace pour la santé publique, la grippe aviaire restant un douloureux exemple où hommes et animaux ont payé de leur vie.
C’est pour toutes ces raisons que je soutiens l’initiative de plusieurs associations environnementales et de protection animales, et vous demande, avec elles, que soit mise en oeuvre une législation qui interdise fermement l’importation des oiseaux sauvages au sein des pays de l’Union européenne.
Et puisque l’Europe des 25 se veut moderne, en tant que garant de la biodiversité et de la vie, j’epère que vous saurez donner le ton auprès de vos homologues pour que tous, à l’unisson, vous souteniez la proposition de M. Tobback.
Je place mes espoirs en vous et vous assure, Monsieur le Ministre, de mes sentiments confiants.
Pour ou contre l’interdiction des importations d’oiseaux sauvages capturés dans la nature
par Jean-Marc Gimenez
Le débat fait rage depuis longtemps entre les parti¬sans de l’abolition du commerce d’oiseaux capturés dans la nature dont la finalité est l’importation en Europe, et ceux moins en¬tendus qui ne sont pas hostiles à ce type de commerce impliquant directement la vie sauvage.
Cet article n’a pas pour vocation de donner raison à l’un ou l’autre de ces 2 partis, mais de clarifier quelque peu les points de vue et idées de chacun d’eux.
Commençons par les partisans de l’interdiction.
Particulièrement virulents et entendus les partisans de l’interdiction d’importer des oiseaux capturés dans la nature à destination de l’Europe sont actuellement en train de faire circuler une pétition par le biais d’Internet et de certaines revues spécialisées. Tirant à boulet rouge sur l’ensemble de la filière collecte-exportation-commerce, qui pourtant a permis à grand nombre d’entre eux de se procurer les reproducteurs qu’ils détiennent encore, les partisans de l’interdiction se mettent maintenant à détester ceux qu’ils aimaient naguère. A partir de chiffres impressionnants, de photos chocs, de lettres entropomorphiques clamés et exhibés haut et fort par la voix de psittaScene, dont la rédactrice en chef n’est autre que l’illustre Rosemary Low, qui est actuellement une des meilleures spécialistes du monde des psittacidés.
Actuellement, des prélèvements intempestifs d’oiseaux dans la nature afin d’alimenter les importations à destination de certains pays européens mettent en cause l’avenir immédiat des dernières populations sauvages de psittacidés de par le monde. Stress, souffrances, morts des oiseaux pendant la capture, le voyage, tout est mis en œuvre afin de sensibiliser, de culpabiliser devrait-on dire, les amoureux des per¬roquets, mais aussi tout un chacun.
Totalement défendable, cette cause part d’un excellent sentiment à l’égard de nos amis les oiseaux qui, éminemment sensibles voient chaque année leur population sauvage se réduire comme peau de chagrin par la disparition de leur habitat. Aussi, si vous êtes convain¬cu de l’intérêt de cette pétition, je ne saurai que trop vous conseiller de la signer.
A présent, il est temps d’entendre les partisans de la non interdiction d’importer sur le sol européen des oiseaux d’origine sauvage.
Tout d’abord, ne pas signer cette pétition ne veut absolument pas dire que les gens sont insensibles à la détresse de nos amis les oiseaux ou qu’ils ne se sentent pas impliqués ou responsables vis-à-vis de tels agissements.
Bien sur, tout le monde est outré par les conditions pitoyables de cap¬ture et par les souffrances infligées à ces êtres qui sont capables d’apporter tant de joie et d’amour quand ils sont traités décemment.
Seulement là où le bât blesse, c’est que jusqu’à présent, chaque fois qu’une interdiction a été pro¬mulguée, cela s’est toujours soldé par un échec pour les amis des oiseaux, et surtout pour les éleveurs.
Exemple : l’arrêté de Guyane a eu pour cause une interdiction totale d’importer sur le sol français les espèces d’oiseaux vivant dans ce dé¬partement français d’outre-mer, mais aussi tout un tas de sous-es¬pèces originaires de pays souvent distants de milliers de kilomètres. Exemple : l’amazone farineuse (Amazona farinosa) dont l’espèce nominale est retrouvée en Guyane, mais où les sous-espèces en sont absentes.
Amazone farineuse du Guatemala (Amazona farinosa guatemalae), originaire du Gua¬temala, du Honduras et du sud du Mexique ;
Amazone farineuse du Costa Rica (Amazona farinosa virenticeps), originaire du Costa Rica et du Nicaragua ;
Amazone farineuse de Chap-man (Amazona farinosa chapmani), originaire du nord de la Bolivie, du nord du Pérou à l’est de l’Equateur et au sud-est de la Colombie ;
Amazone farineuse de Colombie (Amazona farinosa inornata), originaire du Venezuela au Panama, au nord-ouest de la Colombie et au nord-est de l’Equateur.
Nous ne parlons ici que de l’amazone farineuse, mais on peut aussi citer l’amazone à front jaune (Amazona ochrocephala), ou encore la conure cuivrée ou de St thomas (Aratinga pertinax), mais il y en a bien d’autres et la liste est longue.
Le résultat d’une telle interdiction s’est soldé par un déplacement du problème vers les pays voisins de la Guyane et une contrebande accrue avec le Surinam et hélas, ce sont encore les oiseaux qui en ont fait les frais. Il aurait été beaucoup plus judicieux de réglementer d’une manière efficace les prélèvements d’oiseaux de la nature avec des quotas stricts pour les espèces pouvant subir de temps à autre des captures pour l’exportation et des espèces sensibles pour lesquelles quelques sujets peuvent ou ne peuvent pas être prélevés à des fins scientifiques. Ce type de réglementation aurait certainement satisfait beaucoup plus de monde que la législation en vigueur.
L’interdiction de ne plus importer d’oiseaux sauvages sur le sol européen aura inévitablement des répercussions sur le bon fonctionnement des élevages français et européens. Cela se traduira à terme par un appauvrissement du sang dû à une consanguinité intempestive, et dont il faudra bien s’accommoder puisque plus aucune importation ne sera autorisée.
En outre, il est faux de croire qu’une telle interdiction sera salu¬taire aux oiseaux, qui hélas, au lieu d’être exportés vers l’Europe le seront irrémédiablement vers le Japon, la Suisse, la Russie, la Chine, les anciens pays du bloc soviétique ou le Moyen-Orient comme c’est déjà le cas actuellement.
Une fois encore, les pauvres oiseaux se retrouveront exportés vers d’autres pays lointains, exception faite pour la Suisse. Le passé d’élevage en captivité d’oiseaux exotiques est plus que douteux, pour ne pas dire arbitraire.
Autre détail à prendre en considération, c’est qu’en France, une interdiction supplémentaire ne changera en rien la législation dra¬conienne dont nous sommes déjà les victimes. Aucun oiseau en annexe I/A de la convention de Washington n’a jamais été rétrogradé en an¬nexe II/B. De même, l’arrêté de Guyane n’a jamais été abrogé ni même modifié.
Pour être tout à fait clair, à chaque fois qu’une interdiction a été promulguée, rien ni personne n’a jamais fait changé les choses d’une manière positive pour les éleveurs français. Donc une telle interdiction n’est peut-être pas aussi souhaitable qu’elle en a l’air pour l’avenir des oiseaux et de l’élevage sur le sol français. D’autant que le potentiel génétique de certaines espèces n’est pas aussi important que l’on voudrait bien nous le laisser croire.
En effet, qui est en mesure de citer 10 noms d’éleveurs détenant en leur possession des amazones de Salvin (Amazona autumnalis salvini) n’ayant aucun lien de parenté entre elles ?
Bien d’autres psittacidés sont hélas dans le même cas en France.
L’interdiction pure et simple des importations d’oiseaux à destination de l’Europe concerne 90 espèces de psittacidés, mais sur la dite pétition, on ne parle pas de psittacidés, mais d’oiseaux. Par le terme oiseaux, il faut bien savoir que cela représente les petits granivores d’Afrique et d’Asie, les insectivores gros et petits, avec bien sur les toucans, les mainates, mais aussi les colombidés, les grues, flamants, faisans et autres canards, pour ne citer que ceux-là. Une fois cette interdiction promul¬guée, il sera trop tard pour faire ma¬chine arrière, et il en sera fini de toutes les ravissantes espèces d’oiseaux que nous n’aurons pas eu le temps de faire se reproduire, et dont nous n’aurons plus aucun potentiel génétique pour créer des souches stables totalement d’élevage. A titre indicatif, seulement 3 éleveurs français élèvent d’une manière très sporadique des mainates, et ce n’est pas avec un nombre si peu élevé d’individus que l’on pourra créer un noyau génétique pour léguer aux futurs éleveurs que seront peut-être nos enfants.
En matière de conclusion, j’insiste bien sur le fait que chacun est totalement libre se signer ou non cette fameuse pétition visant à soutenir la proposition d’interdiction d’importation dans l’Union Européenne d’oiseaux sauvages capturés dans la nature. En contrepartie, je ne saurai que trop recommander à chacun d’entre nous de prendre le temps de la réflexion et de bien peser le pour et le contre d’un tel acte.
Article tiré de la revue « Les oiseaux N°118 »
Il existe déjà une gestion au niveau mondial des ressources faunistiques. Je me vois mal interdir à des pauvres gens sans ressources autres que la chasse ou la pêche d’utiliser au mieux leurs ressources. Ce qui importe n’est pas tant d’interdir les importations mais plutôt de garantir à ces espèces un environnement leur permettant de subsister. La première cause de recul des populations animales, ce n’est pas la capture mais tout simplement la perte de leur habitat naturel. Comme nous avons en Europe mené la politique Natura 2000, il faudrait l’étendre au monde. De plus, c’est peut être aux conditions de transport et de transit qu’il faut s’intéresser car source de nombreux décès !
Non, l’Europe est là pour nous aider à nous développer dans un environnement sain mais pas pour imposer son impérialisme doctrinal !
Hélas !
quand vous dites Richard "qu’une réglementation soit mise en place avec le concours et aprés la consultation des associations d’éleveurs qui savent de quoi ils parlent et pas sur des fondements extrémistes... " vous avez l’air d’oublier que l’élevage des perroquets est devenu dans le monde des éleveurs européens un vulgaire commerce, et bien souvent illégal. Chacun y a va de son petit commerce le plus souvent sans autorisation avec l’achat de perroquets à bas prix pour un profit maximal.. cessez d’idéaliser les éleveurs de perroquets qui à part quelques uns, d’authentiques amateurs, ne font que du bizness. Il n’y a plus aucune justification à importer massivement 36000 gris du Gabon par an par la cites . La cites réglemente un commerce massif et les prelevements sont toujours massifs. Sans compter les illegaux - le traffic - que le commerce légal entretient ... quand vous dites qu’il n’y a aucune raison sérieuse à vouloir interdire l’importation et que vous tentez de culpabiliser les personnes qui ont des oiseaux issus directement ou indirectement de la capture et qui prennent alors position contre l’imporation en les taxant d’hypocrites vous oubliez simplement que ces personnes ont largement eu le temps de réflechir à ce problème et de faire l’expérience désastreuse qu’il vaut mieux un oiseau issu d’élevage pour faire de l’élevage qu’un oiseau issu de l’importation. L’argument des eleveurs pour maintenir les importations n’est loin d’être au final un argument de consanguinité mais le désir d’avoir une marchandise bon marché qui fasse de la reproduction à la meilleure rentabilité financières. Ces éleveurs l’avouent parfaitement d’ailleurs quand on les pousse dans les retranchements de leurs arguments vaseux et confus ! Les grands profiteurs du commerce cites et illégal ce sont bien sûr les importateurs européens - au final le vendeur sur le sol européen - et non les gens qui procèdent à la capture et encore moins l’état à qui apprtiennent ces forêts. Il y a d’autres moyens de maintenir l’élevage avec juste quelques captures "correctes" sur place que l’importation d’oiseaux capturés en masse ! Pour avoir vu des perroquets issus de la capture je vous garanti que leur niveau de désarroi et de stress est odieux et est une souffrance aussi cruelle qu’on leur inflige que si vous on vous mettait dans une cage d’un mètre carré pour le restant de vos jours ! Chloé