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Quand l'Europe rentre dans les plumes de la grippe aviaire

Quand l’Europe rentre dans les plumes de la grippe aviaire

Posté le 26 octobre 2005 par Marie Anne Isler Béguin (Contacter l'auteur)

Mieux vaut prévenir que guérir : les moyens que met en place la Commission, ainsi que les Etats membres de l’UE, pour prévenir une éventuelle pandémie de grippe aviaire sont positifs et indispensables.

Cependant, la psychose qui s’installe à travers le monde et dans nos têtes, dévoile à quel point nous paraissons démunis pour pouvoir lutter collectivement contre ce virus H5N1, dont on ne sait que peu de chose, si ce n’est qu’il pourrait entraîner une grave pandémie à travers le monde. Et contre lequel les vaccins et médicaments déjà disponibles -dont le fameux Tamiflu-, n’ont pas encore fait la preuve absolue de leur efficacité.

Ce remue-ménage mondial démontre que la sécurité sanitaire vétérinaire est devenue un élément indispensable des politiques de santé publique, et qu’elle doit non seulement s’appliquer à nos pays, aux normes et suivis sanitaires conséquents, mais également à la planète entière. Chaque pays a en effet le droit, voire le devoir, de protéger ses populations contre des fléaux tels que la grippe aviaire.

Si les premières actions de prévention mises en place par la Commission sont à saluer, aujourd’hui, il importe d’agir de manière efficace, en particulier sur les lieux des infections, que ce soit en Europe, Roumanie et Croatie, ou en Asie, foyers de départ du virus H5N1. Cela suppose une action internationale, et l’Union Européenne peut en devenir le fer de lance.

Il est indispensable et urgent que l’Union Européenne, dans le cadre de sa coopération avec des pays tiers touchés par le virus de la grippe aviaire, apporte toute son aide, ses connaissances et sa technologie pour aider à faire face et enrayer les foyers infectés. Car quand on connaît la quasi-absence de normes sanitaires appliquées sur les grands marchés aux animaux vivants comme celui de Canton en Chine, connu pour la vente de civettes infectés par le virus du SRAS, il apparaît que l’UE doit pouvoir soutenir le transfert de compétences et l’application rigoureuse de normes sanitaires, pour encourager et participer à une meilleure protection des populations mondiales.

La lutte contre cette possible pandémie doit rester une lutte collective. L’exemple malheureux des copies des traitements contre le sida doit impérativement servir d’expérience. Il serait inacceptable et totalement immoral de retomber dans une bataille avec les laboratoires détenteurs du secret de fabrication du Tamiflu (le laboratoire Roche) ou ceux du vaccin contre la grippe aviaire ; ces firmes doivent autoriser leur production par d’autres et à bas prix car ces traitements, par médicaments génériques ou non, doivent être à la disposition de tous les pays et particulièrement des pays les plus vulnérables que sont les pays pauvres.

La Communauté Internationale doit pour cela jouer son rôle de défenseur de la santé publique mondiale et obliger les laboratoires propriétaires des brevets à autoriser la fabrication de copies pour faire face à cette pandémie annoncée.

Enfin si les migrations des oiseaux sauvages posent le problème de la propagation de la grippe aviaire, il ne faut négliger aucune piste alternative, et rester vigilant à grande échelle. Début septembre, la Commission avait soutenu la mise en place de programmes nationaux de surveillance de la grippe aviaire, en faisant tester à la fois des espèces d’oiseaux sauvages et des oiseaux domestiques. Mais cette stratégie pose néanmoins le problème de la cohérence de ces réseaux de surveillance.

Car les migrations des oiseaux à travers le continent européen ne viennent quasiment pas d’Asie. Les réseaux de surveillance devraient donc être étendus au pays du nouveau voisinage de l’Union et à tous les pays traversés par les principales voies migratoires. Ceci permettrait aussi de préparer sereinement le retour au printemps des oiseaux migratoires vers leur lieu de nidification.

Si des cas de propagation par migration devaient se confirmer, l’arrêt de la chasse aux oiseaux migrateurs durant la saison ou au printemps ne serait pas inopportun.

Mais cela n’est pas suffisant ; il ne s’agirait pas, comme cela tendait à être le cas au départ, de prendre les oiseaux migrateurs comme les vecteurs principaux de la contamination de la grippe aviaire. Car il est prouvé que le commerce d’oiseaux illégal ou autorisé pose un risque élevé de propagation du virus, et pourrait même être plus dangereux que les migrations saisonnières. Le cas du perroquet importé contaminé en Grande Bretagne a souligné cet état de fait et a suffit pour qu’enfin soient suspendues toutes les importations d’oiseaux sauvages en captivité en provenance des pays infectés.

Personne ne peut prédire l’évolution de l’épizootie ; souhaitons seulement qu’avec tous les moyens à disposition pour mettre en place un système de prévention rapide et efficace, nous soyons préservés d’une éventuelle transmission du virus mutagène à l’homme, et donc d’une pandémie généralisée.


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