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Quelles relations entre l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Turquie aujourd'hui ?

Quelles relations entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Turquie aujourd’hui ?

Posté le 22 septembre 2008 par Tamar Gugulashvili (Contacter l'auteur)

L’espace postsoviétique est entré dans une nouvelle ère en ce mois d’aout 2008. Tandis que le monde entier avait les yeux rivés sur les jeux olympiques de Pékin, l’ancien espace soviétique regardait avec effarement l’entrée des chars russes en Géorgie.

L’impact du choc reçu est facile à mesurer des pays Baltes à l’Asie centrale en passant par l’Ukraine, la Moldavie ou encore l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ces deux derniers pays étant directement voisins de la zone du conflit russo-géorgien. L’occupation de la Géorgie par les forces russes au nom de la défense des minorités russophones et la destruction du potentiel économique et militaire du pays alarment ces anciennes républiques soviétiques. De fait, les inquiétudes grandissent chez les Baltes, en Ukraine, en Moldavie ou encore en Kazakhstan, pays qui abritent une importante minorité russophone.

La situation est beaucoup plus compliquée dans le voisinage immédiat de la Géorgie où un autre conflit encore plus dangereux couve depuis 17 ans. L’Azerbaïdjan et l’Arménie dont les économies ont été sévèrement affectées par la guerre russo-géorgienne, se sentent particulièrement concernés par ce conflit et ses conséquences.

Au terme d’un conflit meurtrier entre ces deux pays du Sud-Caucase au début des années 90, l’Azerbaïdjan a perdu le contrôle sur le Nagorny-Karabakh, région séparatiste majoritairement peuplé par les Arméniens, et sur les sept autres régions adjacentes à ce territoire disputé. A la suite de cette guerre fratricide, la Turquie a fermés ses frontières avec l’Arménie et le conflit arméno-azerbaidjanais a été "gelé". L’Arménie qui fait stationner les forces russes sur son sol, se trouve isolée dans son voisinage immédiat ayant les seules ouvertures avec la Géorgie et l’Iran. De ce fait, elle est exclue des grands projets énergétiques régionaux, ce qui la rend très dépendante économiquement de ses voisins russes ou iraniens. Les négociations politiques pour le règlement du conflit du Nagorny-Karabakh, qui ont donné très peu de résultats jusqu’à aujourd’hui, sont menés par le Groupe de Minsk de l’OSCE où la France, la Russie et les Etats-Unis tiennent un rôle primordial.

Seulement, les nouvelles réalités géopolitiques de la région nous forcent à nous pencher sur ces problématiques de manière urgente. Dans la région, on en voit déjà les premières résonnances :

L’inquiétude face à l’attitude agressive de la Russie envers ses voisins est particulièrement grande en Azerbaïdjan, pays-clé dans le développement du corridor sud pour l’acheminement des hydrocarbures de l’Asie centrale vers l’Europe. Sur le fond de l’occupation de la Géorgie dont la stabilité est désormais sévèrement remise en question, la pression de la Russie sur son voisin azéri est grandissante par le biais des contrats commerciaux de Gazprom concernant l’exploitation et l’acheminement des hydrocarbures d’Azerbaïdjan vers la Russie.

Bien conscient des relations privilégiées entre la Russie et l’Arménie, l’Azerbaïdjan ne cesse d’augmenter son budget militaire mais sait également qu’il vaut mieux s’entendre avec les Russes pour trouver une meilleure solution au conflit du Nagorny-Karabakh.

Dans le contexte particulièrement tendu des élections présidentielles d’octobre prochain, nombreux sont ceux qui croient que l’Azerbaïdjan va maintenir sa volonté de se rapprocher de l’Europe et de chercher une solution pacifique au conflit de Nagorny-Karabakh.

La Turquie, acteur important pour la stabilité du Caucase, vient de signaler sa volonté de jouer un rôle actif dans la recherche des solutions pacifiques à tous ses conflits territoriaux qui rongent la sous-région.

Ainsi, il y a quelques jours, on a assisté à la "diplomatie de football" entre la Turquie et l’Arménie, le Président turc se rendant à Erevan pour la première fois dans l’histoire de l’Arménie indépendante. Les espoirs sont grands sur l’éventuelle ouverture de la frontière turco-arménienne après cette visite historique et à la suite, surtout, de l’initiative turque de la création d’une plate-forme régionale pour la paix et la stabilité pour le Caucase du Sud. Elle voudrait également s’impliquer davantage dans le travail du Groupe de Minsk pour avancer les négociations politiques sur le conflit de Nagorny-Karabakh.

Malgré son ambitieuse politique de voisinage(PEV), l’Europe, acteur encore presque invisible dans la région, vient de se réveiller à son tour. Elle joue le rôle de premier plan dans les efforts internationaux pour la résolution de la crise russo-géorgienne et en même temps, elle essaie d’en tirer les premières leçons quant à sa stratégie régionale.

A l’occasion du Conseil européen extraordinaire consacré à la Géorgie du 1 septembre, les 27 ont aussi décidé de renforcer la dimension orientale de la PEV. Ainsi, la semaine dernière, les ministres des Affaires étrangères des 27 Etats-membres de l’Union ont accueilli leurs homologues d’Asie Centrale à Paris lors d’un sommet destiné à renforcer les relations UE-Asie Centrale dans les domaines politiques et économiques. En présence symbolique des diplomates turcs, le ministre finlandais des affaires étrangères, Alexandre Stubb y a déclaré qu’en Asie Centrale "l’Union ne doit pas reproduire les mêmes erreurs qu’avec le Caucase".

Quant au rôle de l’Europe dans le règlement du conflit du Nagorny-Karabakh, les eurodéputés membres de la Délégation du Parlement européen UE-Azerbaïdjan, ont longuement discuté avec l’ambassadeur d’Azerbaïdjan le 18 septembre dernier. Pour Marie Anne Isler Béguin, présidente de cette Délégation, l’UE doit enfin s’engager de manière active dans la résolution de ce conflit : "l’Europe n’a pas le droit de laisser passer ce moment crucial, c’est maintenant qu’il faut agir".


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