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Posté le 4 décembre 2007 par Cédric Cabanne (Contacter l'auteur)
Réunies à Bali (Indonésie) du 3 au 13 décembre 2007, les 190 délégations (10 000 personnes) ne sont pas venues faire du tourisme. L’actualité témoigne tous les jours de l’impact des changements climatiques sur les populations et les écosystèmes dont elles dépendent étroitement : récemment encore, une violente tempête du en Mer Noire (le 12 novembre 2007) a provoqué une marée noire alors que le cyclone Sidr a affecté plus de 2.6 millions de personnes (le 15 novembre 2007) au Bengladesh provoquant 3 268 mors, 847 disparus et près de 40 000 blessés.
Pour autant, l’annonce par son nouveau Premier ministre, de l’engagement australien à rejoindre le programme de réduction des gaz à effet de serre de Kyoto le 3 décembre 2007, a résonné comme un encouragement le premier jour des discussions. Bien sur, de nombreux observateurs ont conscience qu’il ne s’agit plus d’isoler les USA dont le gouvernement fédéral est toujours opposée à des objectifs de réductions de gazs à effets de serre contraignants. En Indonésie, les délégations doivent avant tout répondre à la question :
quel système post-Kyoto voulons-nous ?
Le succès de la négociation repose d’ors et déjà sur la capacité de la communauté internationale à se mettre d’accord sur une nouvelle étape d’engagements à la réduction des gaz à effet de serre. Concrètement, il faut établir un nouveau schéma d’engagements visant à prendre le relaye du Protocole de Kyoto qui s’achève en 2012.
Pour les ONG de protection de l’environnement, il s’agit de définir une feuille de route en l’aménageant en fonction du degré de développement de chaque pays. Les ONG militent pour une responsabilité différenciée basée sur une évaluation historique de la responsabilité et de la capacité socio-économique de chacun à participer à une réduction des gazs à effets de serre. Les objectifs de réduction basés sur une approche flexible, le Mécanisme de Développement Propre (MDP), restent encore à définir. En effet, ce mécanisme est basé sur un marché de bons d’émissions de carbone pose problème. L’achat d’émissions de carbone peut en effet favoriser les industries des pays développés au détriment des industries des pays en développement qui restent cantonnés à des activités du secteur primaires. D’autre part, le marché de la compensation peut représenter une menace la diversité biologique, quand il encourage des investissements dans des plantations d’espèces mono-spécifiques.
La position des ONG peut influencer les négociations. En effet, les Etats représentés à la Convention sont loin de partager les mêmes intérêts.
La position européenne s’est forgée lors du Sommet de printemps, en Mars 2007. Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne avaient alors adopté un "paquet énergie et climat" qui fixait, entre autres dispositions, un accroissement des énergies renouvelables ainsi qu’une hausse de l’efficacité énergétique de 20% pour 2020 ainsi qu’une augmentation de 10% d’agro carburants. Concernant les engagements internationaux, l’Union Européenne se voulait le "brise-glace" et avait fixé les lignes directrices suivantes :
L’objectif des négociations et de limiter la hausse de température à 2° Celsius par rapport à l’époque préindustrielle.
Les pays développés doivent être à la pointe de la réduction des GES et s’engager sur la base de 30% à l’horizon 2020 par rapport à 1990.
Les pays en voie de développement, doivent contribuer à la protection du climat en découplant leur croissance économique de la production de GES.
Le développement d’un marché de carbone doit intégrer des investissements en matière de technologies propres.
Certains pays sont d’ors et déjà vulnérables aux changements climatiques. L’aide à la coopération doit être articulée à l’adaptation au changement climatique.
Le marché du carbone doit être favorisé par des soutiens publics et privés ainsi que par le développement, le transfert et la dissémination des technologies propres.
La déforestation est une des causes des émissions de GES, en particulier dans les pays en développement, dont il convient de tenir compte.
Le futur régime devra tenir compte des autres GES ainsi que des émissions croissantes du secteur de l’aviation et du transport maritime.
Nul ne doute que les nouveaux pays industrialisés vont donner du fil à retordre au "brise-glace" européen. La proposition allemande d’allouer à chaque Etat un quota de Co2 per capita rencontre l’opposition de l’Inde, de la Chine ou du Brésil. Bien que certaines délégations reconnaissent leur participation à l’augmentation des GES (le Mexique ou l’Afrique du sud), elles ne souhaitent pour l’instant pas lier leur engagement au niveau européen. Les délégations qui ont fortement investi dans l’énergie fossile (la Chine en Afrique ou le Brésil où Petrobras vient de découvrir de nouveaux gisements) préfèrent jouer la montre pour affaiblir un consensus international trop contraignants.
Pris en tenaille entre impact et adaptation ; pays développés et nouveaux pays industrialisés, les pays en développement doivent faire front. Ils pourraient exiger que le coût social et environnemental des changements climatiques soit intégré dans les accords commerciaux ou les politiques de coopération. Il ne s’agit pas seulement de leur transférer des nouvelles technologies. Il s’agit d’imposer des critères environnementaux rigoureux aux investisseurs européens, chinois ou nord-américains qui accèdent à leurs matières premières, sans proposer de clause environnementales ou de développement à la hauteur de l’adaptation aux changements climatiques.
Communiqué de presse : Les dirigeants internationaux ne doivent pas rater le coche